Travailler pour l’Allemagne en France : une situation permettant d’éviter l’exil
- Manuel DEMOUGEOT
- 21 juil. 2024
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 juil. 2024
Pendant la période de l’Occupation allemande, des entreprises françaises travaillaient notoirement au profit de l’occupant. Elles faisaient l’objet d’une classification. Le fait de travailler pour l’une de ces entreprises était un motif de dispense du STO pour leurs employés.

Comme l’indique Raphaël Spina dans son Histoire du STO, « l’occupant met aussi directement la main sur certaines entreprises. Il conclut avec l’État français des programmes communs (aéronautique, textile, automobile…) qui font tourner l’industrie à son profit. » Raphaël Spina ajoute que « des centaines de milliers travailleurs y produisent, sans état d’âme particulier. Ces entreprises constituent ultérieurement un casse-tête pour les services français du STO, puisqu’ils n’ont pas le droit d’y puiser, sauf à remplacer les convoqués. Pour leur personnel, c’est une raison supplémentaire de se réjouir d’y être employé. Pour les autres travailleurs, c’est un motif d’envie ou de rancœur. » [1]
Les usines au service de l’Allemagne sont classées en Rüstung (armement) ou en V-Betrieb (Vorzugsbetrieb, ou entreprises prioritaires). C’est par exemple le cas de l’entreprise Goblet à Beaune, entreprise de carrosserie, classée en V-Betrieb, qui produit une attestation pour que 9 de ses employés ne soient pas envoyés en Allemagne (cf. illustration plus haut).
En octobre 1943 est créée une catégorie Sperrbetrieb ou S-Betriebe (c’est-à-dire des entreprises exemptées de tout départ de main-d’œuvre, jeunes classes du STO incluses outre-Rhin), qui absorbe, à partir de janvier 1944, les anciens Rüstung et V- Betriebe. Ces entreprises peuvent même embaucher des réfractaires au STO pour faire face aux commandes sans cesse croissantes, et gagnent bientôt la réputation significative de « maquis légal »[2].
Il a parfois été reproché après-guerre aux anciens requis du STO d’avoir contribué à l’économie de guerre allemande, ce qui a nourri l’opprobre à leur égard. Mais, au-delà même des entreprises françaises qui étaient reconnues et classées comme telles et en tiraient quelques avantages, c’est au fond plus ou moins directement tout l’appareil de production français qui travaillait pour l’Allemagne.
[1] SPINA Raphaël, Histoire du STO, Paris, Perrin, 2017, p. 31
[2] RADTKE-DELACOR Arne, « Produire pour le Reich. Les commandes allemandes à l'industrie française (1940-1944) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2001/2 (no 70), p. 99-115
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