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Blog en mémoire de mon grand-père requis du travail forcé en Allemagne nazie de mars 1943 à mai 1945

Les mots d'un autre grand-père (détour #10)

Dernière mise à jour : 2 avr. 2024


Sorties du placard, les lettres avaient repris vie. Je demeurais convaincu néanmoins qu'il ne fallait pas en rester là et que je devais faire quelque chose à partir de ces lettres. Mon père me l’avait prédit, il aurait finalement raison. J’en étais d’autant plus convaincu que je comprenais que l’histoire du STO et des STO était une histoire contrariée et honteuse[1] et que le chemin un peu tortueux qui me conduisait à la faire revivre en était une des illustrations.

 

J’avais pourtant bien conscience qu’il était impossible de simplement publier les lettres telles quelles, mais je n’avais pas trouvé encore sous quelle forme. J’étais juste décidé à y intégrer en partie le récit intime de ce qui m’avait conduit à écrire sur ce grand-père et le STO.

 

Je profitai de mes vacances estivales en Crète pour commencer l’écriture de cette première partie et engager des recherches archivistiques afin d’éclairer des faits évoqués dans les lettres de mon grand-père, pour les mettre en regard avec le contexte historique. Je contactai des services d'archives, des chercheurs, je fis des recherches sur internet. Je relus encore les lettres pour essayer de dégager des thèmes récurrents.

 

Et puis l’idée descendit du Mont Ida. Le Mont Ida, actuellement appelé Mont Psiloritis, se trouve en Crète. C’est le point culminant de l’île, à plus de 2 400 mètres. La mythologie dit que c’est là que grandit Zeus qui avait échappé au sort qu’avait réservé Cronos, son père, à tous ses autres enfants : être mangé par lui et rester enfermé dans son ventre. Il faut dire que Cronos avait appris de sa propre histoire une leçon : se méfier de ses enfants. Son propre père, Ouranos, qui avait enfanté les titans avec Gaïa, couvrait celle-ci sans relâche, si bien que les titans restaient dans le ventre de Gaïa et ne pouvaient s’en échapper. Ce fut Cronos, le rusé, qui avec l’aide d’une serpe, coupa les parties génitales de son père. Sous l’effet de cette émasculation, Ouranos se retira de Gaïa, ce qui permit aux titans de se libérer. Cronos se méfiait donc de ses propres enfants et voulait éviter le sort que lui-même avait réservé à son propre père. Pour cette raison, il avalait ses enfants aussitôt leur naissance. Mais Zeus fut sauvé par sa mère qui accoucha clandestinement en Crète. Elle rapporta à Cronos, non pas le nouveau-né, mais une pierre emmaillotée dans des langes. Cronos n’y vit que du feu et avala la pierre, pensant que c’était son enfant. Zeus resta caché en Crète sur le Mont Ida. C’est là qu’il grandit et arriva à maturité, prêt à ourdir la vengeance contre son père et à libérer à son tour ses frères et sœurs prisonniers du ventre paternel, avant de devenir le roi de l’Olympe et de faire régner la paix.


Mont Psiloritis (Ida) en Crète

Je n’ai pas appris ces histoires à l’école, je n’ai pas fait de grec, et à mon époque déjà, les humanités étaient passées de mode. Je les ai découvertes tardivement, d’ailleurs de façon assez concomitante avec mes questions sur mon grand-père, grâce aux écrits et aux conférences disponibles sur internet d’un helléniste, Jean-Pierre Vernant. Je lus en particulier son petit ouvrage L’univers, les dieux, les hommes[2] dans lequel il raconte les principaux mythes grecs, avec à la fois simplicité et profondeur, tel un aède moderne. L’origine de cet ouvrage, comme il l’explique dans la préface, ce furent les histoires qu’il racontait à son petit-fils. Les mots d’un grand-père à son petit-fils… Jean-Pierre Vernant, grand intellectuel, helléniste, résistant pendant la Seconde guerre mondiale, figurant peut-être le grand-père fantasmé par moi.

 

Ce fut donc au pied du Mont Ida, à Zaros, en Crète, face à cette montagne, l’esprit empli des mots d’un grand-père racontant les mythes à son petit-fils, que l’inspiration me vint de la forme que prend aujourd'hui ce projet.






[1] Je lus en particulier un article très intéressant de Sébastien Beuchet intitulé « Les mémoires du STO : mémoires partagées, mémoires empêchées » dans lequel j’entendis un écho de notre vécu familial et qui me conforta dans l’idée de poursuivre ce travail.

[2] Jean-Pierre Vernant, L’univers, les dieux, les hommes, Récits grecs des origines, Editions du Seuil, 1999. La Radio Télé Suisse a réalisé en 2002 9 grands entretiens de Jean-Pierre Vernant (décédé en 2007) dans lesquels il revient sur les mythes grecs et plus largement sur son œuvre et sa vie exceptionnelle.

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