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Blog en mémoire de mon grand-père requis du travail forcé en Allemagne nazie de mars 1943 à mai 1945

Les lettres dans la vraie vie (détour #9)



Je savais que mon travail n’était pas terminé, le manuscrit des lettres avec les photos n'étant pas diffusable en l’état. Cependant, ce manuscrit existait déjà, c’était déjà un beau travail. Comme une évidence, j’eus l’idée de le remettre à mes oncles et à mon père sans attendre. C’était leur dû, d’une certaine manière. Et peut-être cela allait-il réveiller chez eux des souvenirs.

 

Je profitai d’un déplacement professionnel à Genève au printemps 2023 pour m’arrêter à Beaune en chemin. Je demandai à mon père d’organiser un dîner avec ses frères. Je remis un exemplaire à chacun. Nous passâmes une grande partie de la soirée à parler de leur père. Peu du STO. Il se confirmait que leur père leur en avait très peu parlé. C’est, semble-t-il, très courant entre les anciens STO et leurs enfants, cette absence de transmission. Ils évoquèrent cependant de nombreux souvenirs de leur père, y compris des souvenirs tristes, jusqu’à ses obsèques et le souvenir émouvant qu’ils gardaient de l’église qui débordait de monde. J’eus l’impression que cette soirée leur fit du bien. Ils me remercièrent. Mon père, pourtant si fermé et pas vraiment porté aux choses de l’écrit, m’avoua que c’était bien ce que je faisais.

 

Une nouvelle occasion, triste, se présenta de faire exister dans la vraie vie les mots des lettres de mon grand-père. C’était quelques semaines plus tard, tout début juillet 2023. Mon grand-oncle, André, le petit frère de mon grand-père, venait de décéder. Cela faisait plusieurs années qu’il souffrait d’une forme de démence sénile. Sa femme et ses enfants, mes petits-cousins, me demandèrent si je pouvais dire un petit mot lors de ses obsèques. Comment ne pas faire le lien avec les lettres ? Dans chacune de ses lettres ou presque, mon grand-père demande des nouvelles de son « petit Dédé » qui était de 15 ans son cadet.

 

Dans le mot que je prononçai lors des obsèques, je resituai le contexte de cette famille de commerçants beaunois avec ses quatre enfants, et j’évoquai la grande tendresse avec laquelle mon grand-père parlait de son petit-frère dans les lettres, les deux mots qui revenaient le plus souvent étant « gentil » et « polisson ». Il se trouve que ces deux mots pouvaient correspondre en partie à l’image que chacun pouvait garder de mon grand-oncle, un être d’une grande gentillesse, toujours arrangeant, et à la fois facétieux, drôle et espiègle.

 


Extrait d'une lettre adressée à ses parents le 5 juillet 1943 : "et mon petit Dédé tu es bien polisson mais il est toujours gentil"

Ces deux incursions dans la vraie vie des mots de mon grand-père n’étaient pas l’usage que j’en avais imaginé. Elles leur donnaient autant de sens que ce que j’en ferais à travers un blog, au moins pour ceux qui l’avaient connu. Et elles montraient que ces lettres et mon grand-père étaient définitivement sortis du placard.

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